Ronds-points catalans mode d’emploi

Cher ami lecteur, nous sommes encore en été, même si Météo-France n’a pas l’air tout à fait d’accord, et peut-être as-tu caressé l’idée de venir passer quelques jours dans notre si beau pays catalan, où la mer le dispute à la montagne, où il fait quand même plus chaud qu’ailleurs, où il ne nous manque qu’IKEA pour être parfaitement heureux. Et tu as bien raison d’avoir cette idée, elle est bonne.

Seulement, je me dois de te prévenir, ce que la prévention routière et ton moniteur d’auto-école t’ont appris, tu vas devoir l’oublier le temps de ton séjour.

Car ici, dans ma catalogne natale, les ronds-points ont un fonctionnement qui ne ressemble à nul autre en France ou en Navarre (dont on ne sait toujours pas où c’est, d’ailleurs, enfin quand je dis on, c’est surtout moi).

Je t’explique.

1 – Le rond-point catalan ne fluidifie pas la circulation.

Loin de là. Il est créateur de bouchons. Déjà que le catalan de base respecte la distance de sécurité x2 et passe le dernier au feu vert pendant que toi tu rumines en te disant que, s’il avait juste roulé normalement, tu serais passée, tu te dis que ton ancienne vie parisienne t’a complètement guérie de ce travers. Ah ça oui, tu as même failli refaire 5 fois ton pare-chocs avant rien que la semaine dernière, à rouler comme une tête de veau à ras-de-pression de la voiture devant toi. Sur le rond-point, ça donne la même sans le feu tricolore : des voitures à perte de vue, mais loin de la tienne, un engorgement au rond-point, circulation fluide ensuite.

2 – La file de gauche est vide, à se demander s’il n’y a pas un truc.

Genre une caméra cachée avec un fluide invisible pour te faire faire un aqua-planning sans eau, ou un vieux clou rouillé pour que tu exploses ton pneu avant. Tous les catalans sont donc sur la file de droite. Sérieux, que quelqu’un m’explique. Donc, ami touriste, passe à gauche si t’es pressé comme un citron. Des fois, je me mets aussi à droite, car je culpabilise d’utiliser des trucs de parisienne, parce que c’est tricher ça, non ?

3 – Le rond-point catalan fait flipper.

Sinon, pourquoi personne ne s’engage ? D’ailleurs, ce point 3 explique en grande partie le 1, et l’on aurait presque envie que le psy ou la prof de yoga fasse partie du trajet et répète : « Mais non vous n’avez pas peur… Tout va bien se passer… Respirez, passez la première… », le tout sur une petite musique zen avec de l’encens tibétain diffusé dans l’habitacle. Le problème, c’est que notre ami autochtone n’essaie pas de s’engager au moment où la voiture passe sur le rond-point devant lui, mais seulement une fois qu’elle est passée… Et c’est évidemment trop tard, et au mieux il passe, mais pas celui qui piaffe derrière lui.

Alors ami touriste lecteur, toi aussi respire un bon coup. Oublie le périph. Viens voir nos clubs de plage et nos bars à tapas. Parce que notre ami lecteur catalan a tout compris, il n’est pas pressé et arrive en retard. Tout est une question de point de vue. Le seul problème, c’est que, si tes amis t’ont servi un rosé piscine, le temps de passer les 25 ronds-points qui poussent sur les routes du 66 comme des champignons, les glaçons ont fondu. Mais on s’en fout pas vrai ? On a le soleil. Ça ne paie pas l’essence, mais ça met de bonne humeur même les pauvres. Parce que le soleil, personne n’a encore réussi à nous le facturer.

Pour ma part, quand je voudrai aller vite, j’éviterai les ronds-points pour prendre de savoureux raccourcis avec des feux tricolores. J’arriverai à l’heure pour mon rosé piscine.

Alors profite bien de tes vacances, ami lecteur, et que tu sois catalan ou touriste, je lève mon verre à ta santé ! À la semaine prochaine !

Merci à Google Maps pour la photo.

« Une belle fille comme toi, et toujours célibataire ? »

Cher ami lecteur, aujourd’hui je ne vais pas te parler des législatives dont tout le monde se fout un peu puisque tout le monde était à la plage au lieu des urnes dimanche dernier (plus grosse abstention depuis 1958) et y sera encore probablement au second tour. Je ne te parlerai pas non plus de la moralisation de la classe politique, sauf si tu veux qu’on se marre un bon coup, mais rire quand on n’est pas ensemble c’est quand même moins fun.

Non, aujourd’hui je ne vais pas (encore !) râler, mais un peu quand même.

Pourquoi dès que je te croise, ami et sympathique lecteur, tu me poses systématiquement cette question qui nous donne à tous et toutes, nous autres pestiféré(e)s célibataires, des sueurs froides. Mais pas celles que tu crois : celles de l’effort que nous faisons pour ne pas te coller une droite, parce qu’on t’aime bien.

C’est la question du titre, et comme mon oreille n’en peut plus de l’entendre, je refuse de la réécrire.

Mais comme je peux comprendre que, si tu demandes, c’est que ça te turlupine, parce que c’est quand même vrai qu’il y a pire que moi sur le marché, je vais d’abord t’éclairer sur le sous-texte de cette question pernicieuse : « étant donné ton physique, c’est quoi le problème avec toi ? »

Bah oui, il existe une véritable discrimination anti-célibataires, qui part du principe que, si tu n’es pas trop moche, il n’est absolument pas normal que tu ne sois pas en couple puisque c’est l’aboutissement ultime, le bonheur n’est pas dans le pré, mais dans le chiffre 2 et la pub Ricoré. D’ailleurs, sache que les célibataires sont beaucoup moins invités aux repas, soirées etc., on ne sait jamais des fois que ce soit contagieux.

C’est mathématique, nous avons tort : 1 c’est moins que 2.  Le célibat, c’est mal !

Nous sommes donc obligés soit de sortir avec d’autres célibataires (l’avantage c’est qu’on peut sortir des vannes sur la fidélité sans être lourds), soit de déployer des trésors d’inventivité et de savoir-faire inédits pour se faire inviter par les coupleux quand même (blagues en gros stock, savoir politique, veille actu, commentaires sportifs, astrologie, numérologie, tarots, médiumnités diverses… Avoir des amis célèbres serait pas mal aussi, mais malheureusement, cela reste assez compliqué en province).

Personnellement, ce n’est pas que je ne veuille pas être en couple, comme tu dis si bien. Non, c’est juste que je ne souhaite pas y être à n’importe quel prix.

Je m’explique.

L’idée de sortir avec quelqu’un qui ne me plaît pas juste pour ne pas être seule ne m’emballe pas du tout (et inversement, je souhaite plaire et non pas combler la solitude de quelqu’un) du coup tu me traites, ami lecteur, de difficile, alors que je fais juste gagner du temps à tout le monde.

Difficile, je t’en foutrais.

Selon le Larousse, quelqu’un de « difficile » est quelqu’un qui « se montre exigeant, qu’il n’est pas facile de contenter » : Être difficile sur la nourriture.

En gros, si je ne me mets pas en couple avec ceux qui le souhaiteraient avec moi, c’est donc bien que je suis difficile. Du genre, si je n’aime ni le fromage, ni les anchois, alors je suis difficile. Une relou, quoi.

Permets-moi, ami lecteur, de ne pas me retrouver dans cette définition.

Le problème dans notre société, c’est que nous autres célibataires subissons tous la même pression sociale qui nous dénigre en tant que tels, et du coup beaucoup d’entre nous craquent et souhaitent se mettre en couple avec le ou la première potable qui passe sans se demander s’il y a entre les concernés le minimum de compatibilité qui permettrait que cela fonctionne au moins quelque temps.

Bref, tout le monde est pressé et saute d’un lit à l’autre avec l’espoir d’y avoir un flash in the night.

Alors que, pour apprécier quelque chose ou quelqu’un, pour vérifier s’il y a moyen de moyenner, il faut parfois prendre un peu son temps, un peu comme le concept de « slow food » et pratiquer le « slow love ».

Comme ça tu verrais bien, ami lecteur, qu’il existe bien des incompatibilités auxquelles tu n’as pas forcément prêté attention dans ton rush sentimentalo-sexuel. Avoir envie de sauter quelqu’un n’est une garantie de rien.

Alors sois cool, ami lecteur, et ne juge pas trop vite tes amis célibataires : ils ne sont souvent pas plus bizarres que toi, surtout si tu restes en couple alors que tu n’y es plus bien. Et arrête de leur rappeler leur statut : il se pourrait bien qu’un jour ils te rétorquent un truc sur les cheveux que tu as perdus, ou les kilos que tu as pris, pas sûr que ça te plaise.

À moins qu’ils ne te foutent un taquet. Petit, hein ! Pas fort du tout. Affectueux.

Mais un taquet quand même.

À la semaine prochaine !

Crédit photo : Stéphane Lluis

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On ne perd plus son latin, mais des amis Facebook

Être moderne, ami lecteur, c’est déjà de ne pas utiliser le mot « moderne ».
C’est aussi aller dans le sens du vent et avoir des comptes sur les réseaux sociaux, bon, c’est chronophage et souvent ennuyeux, mais tu dois au moins cibler Facebook, Instagram et Linkedin (si tu travailles). Comme ton smartphone te fournit les applications, un clic et tu y es, en plus ça te fait ta pause discrète au taf (euh, tes 63 pauses en fait).
Te voilà avec 200, 300, 1000 amis Facebook.
Proportionnellement, à moins d’avoir paramétré ton compte comme un militaire, tu as un quota de, à la louche, au minimum un tiers de personnes que tu n’as jamais vues, et basculées en connaissances, comme si ça changeait quelque chose, parce que de toute façon ça te les brise, les paramétrages de tes publications.
De temps à autre, tu checkes ton nombre d’amis, parce que bizarrement, ça te procure une énorme satisfaction d’avoir 537 amis virtuels, surtout si la semaine d’avant, tu en avais 492. A l’inverse de cette satisfaction irrationnelle, ça peut te faire quelque chose de te rendre compte que quelqu’un t’a basé de sa liste d’amis Facebook.
Bon, c’est vrai aussi, tout dépend qui.
Si tu te fais rayer de la liste d’un obscur artisan dont tu n’auras jamais besoin de solliciter les services, genre le pisciniste quand tu viens de t’endetter pour 30 ans pour un deux pièces, tu te doutes bien ami lecteur que le traumatisme n’est pas insurmontable.
C’est déjà bien plus désagréable quand ton ex t’éjecte. Non que ça me soit arrivé (bien sûr que non, ja-mais), mais la très grande empathie dont je suis pourvue me fait comme un gros picotement infiniment désagréable, un peu comme quand tu tombes sur une tomate cerise qui a tourné au milieu d’une barquette bien ferme (emoji ptdr). D’ailleurs, note ami lecteur que, plus l’ex est récent(e), plus le picotement est pénible, pouvant devenir une vraie démangeaison d’urticaire.
Si tu montes en gamme dans l’échelle du pas cool, il y a le bon pote ou la bonne copine qui, soudain, te montre qu’en fait, ben, non hein, pas vraiment.
Mais le truc qui fait bien bien mal à l’ego, c’est quand tu réussis à capter un influenceur ou une célébrité (ça marche aussi avec les personnalités géo-localisées à ton périmètre urbain), tu as déployé tes plumes comme un paon qui espère conclure, et soudain, en cliquant sur le profil de l’ami rutilant qui fait ta fierté, tu vois l’affreuse petite icône « ajouter » avec le petit (+) qui te nargue. Et là, tu te sens bien comme une bonne petite bouse de province, même si d’aventure tu es à Paris.
Ce qui est de surcroît très drôle quand quelqu’un te dégage de ses amis Facebook, c’est que tu peux difficilement lui en parler sans passer pour un pauvre individu désespéré, alors qu’à l’unanimité, s’il n’y a certes pas mort d’homme, ça casse les pieds, car un rejet virtuel, c’est un rejet quand même. La seule solution si tu souhaites en parler, c’est l’humour ou l’information frontale, encore faut-il que les personnes présentent un tant soit peu d’intérêt pour toi.
Cependant, te voilà face à la seule situation de la vie où le dicton « un de perdu, dix de retrouvés » se vérifie, puisque les amis Facebook ça pousse comme les fraudes dans un gouvernement. Alors fais comme moi, ami lecteur, ne désespère pas : la vexation ne provoquant ni AVC, ni infarctus direct, ni d’ailleurs aucun exil quelconque, déroule ta liste d’amis : il y en a forcément quelques-uns de sympathiques. Ensuite, même si tu n’es pas un bobo aficionado de développement personnel, applique quand même le 2e accord toltèque : ne prends pas les choses personnellement (sauf si tu as fait un coup de pute, mais là, je ne peux rien pour toi).
D’ailleurs, à propos d’amis Facebook, ami lecteur, j’ai une question pour toi. Parmi les miens, il y en a un qui est mort. Quelle est la procédure Facebook pour les comptes des gens décédés ? un cimetière virtuel est-il prévu ? une notification ? En tout cas, essaie de supprimer le compte d’une personne morte : c’est comme jeter une boîte Hermès, c’est compliqué. D’ailleurs, tu n’y arrives pas : tu aurais l’impression de trahir sa mémoire (celle du défunt, pas celle de ton carré « Brides de Gala »). L’immortalité, en fait, n’est pas qu’un concept : c’est juste un compte Facebook.
Highlander, attends-moi, j’actualise mon statut puis je t’envoie un MP. Je serai dans ta liste d’amis forever.
A la semaine prochaine !

Crédit photo : Joël Saget / AFP

Je ne suis pas de bonne humeur ce matin

Cher ami lecteur, aujourd’hui, une fois n’est pas coutume, je suis de très mauvais poil.

Je suis allée voter, alors qu’aucun des candidats ne m’a convaincue pour me représenter.

Le résultat des votes dans ma ville (et mon département) est consternant et révélateur en même temps : les deux extrêmes sont passés. Chouette, bienvenue dans un monde de tolérance, d’ouverture d’esprit et de progression commune.

Le gros problème, c’est que les individus en masse sont en régression.

Ils parlent de plus en plus mal, ne savent plus écrire correctement, ne veulent plus bosser, râlent tout le temps sans se remettre en question, n’ont plus de notion du respect de base dû aux autres individus alors qu’ils en sont au même titre que chacun.

Réfléchis ami lecteur, comment veux-tu être bien dans ta peau et heureux si tu passes ton temps à te demander comment tirer au maximum la couverture à toi ?

Et ça c’est une règle valable pour toutes les couches de la population. Quand un décideur t’annonce qu’il va pratiquer l’austérité et qu’il ne change strictement rien à son propre confort, quand un autre te propose de répartir l’ISF sur plus de monde (et notamment les classes qui sont déjà pressurisées) pour arranger ses riches copains, quand d’autres veulent te faire sortir de l’Europe alors que sans être un prix Nobel d’économie, tu comprends intuitivement que, d’un point de vue géopolitique, c’est débile, et qu’en plus ça va coûter un max à tout le monde, à quel moment se soucie-t-on du bien commun ?

Mais bon, il faut dire qu’on a les représentants qu’on mérite. Peut-être ont-ils raison, on est devenus en masse un banc de méduses, on avale toutes les mesures en s’indignant deux secondes sur les réseaux sociaux, ouh la la ça fait très mal. On se cuisine une petite soupe de haine, on va la servir à tout le monde, et ensuite, on ne va surtout rien changer, ni réfléchir à ce qu’on pourrait faire pour améliorer les choses, encore moins se remettre en question, parce que c’est jamais nous, c’est toujours la faute du terroriste qui fait tout péter, de l’élu qui s’en met plein les fouilles pendant que tu galères, de l’éducation nationale qui se réforme pour que seuls ceux qui ont les moyens du privé puissent réellement fournir un enseignement correct à leurs enfants, de la CAF qui permet de bien vivre si tu fais un max de gosses, c’est la faute de toi, et de toi, et de toi aussi, c’est sans fin.

Le problème, c’est qu’on est tellement ancrés dans une société individualiste, que les quelques clampins qui essaient d’en sortir se font dévorer par ceux qui sont sans scrupules, tu te fais démolir, et ça, qui en a envie ?

taper sur les mêmes

Et c’est comme ça que rien ne bouge.

La seule solution, c’est de se souvenir de la dernière fois où quelqu’un a fait preuve de bienveillance à ton égard. C’était comment ? C’était bien, hein ? Tu t’étais senti transporté par une mini-vague de bien-être, ami lecteur, peut-être même que les plus émotifs d’entre nous ont eu la larme à l’œil en y repensant. Hé bien elle est là, la clé. D’essayer de propager cette vague, de l’un à l’autre, qu’elle dure. Soyons bienveillants. Peut-être que ce ne sera qu’une goutte d’eau dans la mer, mais après tout, la mer est faite de gouttes d’eau. Chacune a son importance.

Et, ce que tu fais à l’autre, ami lecteur, tu le fais d’abord à toi-même.

Alors dès aujourd’hui, essaie d’être plus gentil, tu en deviendras automatiquement moins con !

A la semaine prochaine !

Voter blanc, ça sert à quoi ?

Cher ami lecteur, cette semaine j’avais d’abord pensé te faire une petite bafouille sur les sérums de beauté, dont je n’ai, à ce jour et malgré beaucoup de bonne volonté dans le testing, pas encore compris l’utilité. En réfléchissant, je me suis dit qu’il y avait tellement de choses, pourtant plus importantes, qui existent mais on ne sait pas trop bien pour quoi.

En l’occurrence, en cette période électorale, le vote blanc.

Le vote blanc, c’est quoi donc exactement ?

Contrairement au vote nul (ou bulletin invalidé non conforme) et l’abstentionnisme (ou non-vote), le vote blanc c’est quand aucun des candidats ne t’a convaincu, et que tu souhaites quand même exercer ton droit de vote. Concrètement, ça se traduit par un bulletin blanc ou une enveloppe vide mis dans l’urne. A savoir pour info que le bulletin blanc en question, c’est toi qui te le prépares, alors si jamais tu manques d’idées pour occuper tes gosses le mercredi après-midi quand il pleut, l’Etat t’offre une alternative, sachant que ledit bulletin doit être, au millimètre près, de la même dimension que les autres bulletins (avant l’atelier découpe, une petite chasse au trésor « trouve la taille magique du bulletin » s’impose donc).

Alors si ni François, ni Emmanuel, ni Marine, ni Jean-Luc, ni Benoît, ni l’autre François, ni Jacques, ni Philippe, ni Nathalie, ni Nicolas ne t’inspirent, tu votes blanc, si tu as besoin de te dégourdir les jambes. Que devient ensuite ta petite enveloppe vide ?

Concrètement, depuis 2014, elle fait l’objet d’un comptage à part.

Et voilà.

Ta voix, ton unique influence politique, ta seule possibilité d’expression entendue par le pouvoir en place, est perdue dans un petit pourcentage, et c’est tout.

Que peux-tu donc faire ?

Tu peux choisir un candidat par défaut. Tu te crées une grille d’analyse avec des critères personnels ultra-pertinents (le meilleur costume, signe astrologique, cravate…) et tu prends le moins pire, en espérant qu’aucun spécialiste de la langue française ne lira ce post. Bon ben, c’est comme te rabattre sur la marque repère alors que tu ne bouffes que du bio depuis cinq ans. T’es frustré, et pas en phase avec toi-même.

Tu peux aussi rejoindre les Citoyens du Vote Blanc, et espérer, ça fait vivre, que leur proposition de loi pour réformer le « Système » passe (PTDR).

Tu peux aussi voter blanc parce que tu es une méduse. Tu ne sais pas pour qui voter, d’habitude tu votais comme tes parents, mais ils sont morts. Ou alors tu es fâché avec eux. Tu n’as aucun avis sur la question, mais tu te souviens que ne pas voter, c’est mal. Bon bah, tu vas quand même voter blanc et te trouver un violon pour pisser dedans, c’est toujours moins violent que des toilettes sèches.

Cependant.

Tu votes dans un système (encore lui) où, si toi et disons 55 millions de tes amis votiez blanc, soit 85% de la population française, cela signifierait donc que les candidats se partageraient les 15% qui votent. Si parmi eux, celui qui gagne prend disons 45% des suffrages, en réalité il prend 45% de 15%, soit un peu moins de 7%. Ça ne fait pas du tout pareil, hein ?

Même si les chiffres de l’exemple sont un peu marseillais (en 2012 on tournait autour de 20% d’abstention et 6% de votes blancs), si les abstentionnistes votaient eux aussi tous blanc au lieu de rester au barbeuc du dimanche à faire monter leur taux de cholestérol, on serait à plus d’un quart de la population, ce qui, dans un camembert, n’est pas rien, ce n’est pas le corbeau de la fable qui me contredira.

Aux régionales de 2015, une pétition de plus de 150000 signatures pour demander la prise en compte du vote blanc comme suffrage exprimé est un pet dans l’eau.

Et puis si jamais on reconnaissait soudain le vote blanc, quoi ?

On cherche d’autres candidats ? On demande à ceux déjà présents de nous ressortir en cinq-sec de nouveaux programmes plus adaptés ? On refait des élections (et on augmente ta taxe foncière pour les payer ?)

A première vue, ami lecteur, c’est comme démêler les fils de tes écouteurs d’Iphone d’une seule main quand tu es pressé : c’est n’importe quoi.

Alors je m’en vais laisser le blanc aux robes de mariées et aux intérieurs hygge, et me comporter comme si ma voix comptait vraiment. Comme dans les contes de fées.

La pensée magique, ça s’appelle. Ça rend joyeux, comme un verre de rosé en juin.

Et surtout, pour une fois ami lecteur, me voilà bien soulagée de ne pas avoir de progéniture.

J’aurais été bien emmerdée d’expliquer à mes gosses ce qu’est la démocratie.

À la semaine prochaine !

Faut-il encore draguer dans les bars ?

Cher ami lecteur, la société évolue, au point que pour draguer tu vas devoir bientôt te concocter un cv affectif, déjà que tu n’es pas loin de courir les photographes pour optimiser ton profil Facebook, Tinder, etc, au point que tu réfléchis à te fabriquer un trombino de tes ex comme sur Who’sDatedWho, ce site rigolo où tu vois enfin à quel point les stars n’ont vraiment rien d’autre à foutre que de se taper les unes les autres. Les applis de rencontres cartonnent, les couples se répandent sur leur désespoir affectif dans les émissions de témoignages comme la grippe dans un service de gériatrie, bref ta vie sentimentale se passe sur un écran. Mais que reste-t-il de la vraie vie et surtout de la drague dans les bars ? Et surtout, qu’en pense ta libido ?

Parce qu’il faut être honnête, à moins d’être totalement alcoolique, c’est bien pour cela que les bars existent. L’être humain est régi par le principe de plaisir, m’a assuré mon prof de philo en terminale, j’en déduis donc raisonnablement que la fornication restera encore longtemps une préoccupation centrale. Et comme le viol n’est pas une pratique autorisée entre personnes civilisées, la drague dans les bars a longtemps été l’alternative principale et prometteuse aux agréments du boudoir.

À Perpignan, il faut dire qu’on se donne du mal, les bars à tapas poussent comme les champignons dans les slips des touristes l’été dans les campings, tu n’as que l’embarras du choix, et pourtant il devient de plus en plus difficile d’y faire ton marché, pardon, de rencontrer un ou une partenaire de moyen ou long terme.

Il faut quand même préciser que, hier ou aujourd’hui, tout le monde ne drague pas. Certains n’ont pas besoin, même si de nos jours, dans notre belle société tellement tournée vers les autres, on se demande bien qui est, en toute sincérité, totalement heureux dans son couple ; d’autres ne sont pas paramétrés pour (timidité, complexes divers, ego surdimensionné), enfin, d’autres encore ont une hygiène de vie qui n’est assurément pas la mienne (quinoa, thé vert, tartare d’algues).

J’ai recensé quatre sous-statuts de l’individu susceptible de draguer (indépendamment du sexe de l’individu en question) :

L’individu célibataire : comme on n’a jamais vu en dehors d’un écran de cinéma le partenaire tant espéré sonner directement chez soi (et encore moins depuis l’arrivée en force de la très flippante tendance danoise hygge, chaussettes pilou et feu de cheminée), et à moins d’avoir des velléités de vie spirituelle avancée du genre ermite, ce qui, au vu de mes récentes expériences de voisinage nuisible peut s’avérer être tentant, l’individu célibataire donc, est le plus propice à se rendre dans un bar pour y draguer. Mais avec le récent boom des sites de rencontres, cette catégorie a considérablement diminué, mais on croise toujours :

  • l’individu célibataire vintage : il ou elle a plus de 40 ans, et a donc connu une époque sans téléphone portable ni Tinder. Il ou elle continue donc de croire au pouvoir des bars.
  • L’individu vrai communicant : parce que c’est beaucoup moins drôle de parler avec une tablette.
  • L’individu beau ou belle gosse : parce qu’on voit quand même mieux sa beauté et son charisme sensationnel en vrai.

Dans ces trois statuts, tu peux également trouver des sous-catégories, telles que : le/la queutard(e) (qu’on retrouve également dans les individus en voie de séparation, voire dans les couples stables et solides) ; le/la relou bourré(e), l’alcool pouvant faire perdre en plus de l’inhibition, tout sens de l’objectivité, voire la dignité tout entière ; le/la timide, généralement en groupe avec des amis, qui rêve de draguer mais a trop peur de se prendre un râteau, et qui parfois se lance, après quelques (litres de) bière(s), mais se transforme alors en relou bourré(e).

L’individu en voie de séparation : après avoir repris la course à pied ou le fitness, il ou elle va tester l’impact de ce nouveau corps en live afin de se prévoir un plan B sans latence entre deux périodes de vie en couple, l’objectif étant de ne jamais passer par la case de célibat. Ou, sous prétexte d’avoir besoin de parler à un(e) ami(e), en profite pour faire des repérages et envoyer quelques signaux en PNL (gros clignotage hormonal de l’annonce :   « bientôt libre ! »), objectif ibid.

L’individu récemment séparé : il ou elle est en dépression, qu’il ou elle soit largué ou larguant. Ne supporte pas d’être seul, mais ne supporte pas la foule dans les bars non plus. Pas encore célibataire dans sa tête, poussé hors de chez lui par ses amis qui, eux, ne supportent plus de le (la) voir tirer la tronche et pensent qu’une bière lui fera le plus grand bien. Quand le déclic a lieu (souvent après la 3e bière), part en chasse un peu tous azimut car n’a plus rien à perdre. Gros risque de levage de partenaires absurdes.

L’individu en couple qui omet de le dire : possible dans les grandes villes, très risqué ailleurs. Souvent (mais pas forcément) est un individu en voie de séparation en devenir.

Alors, que reste-t-il de la drague dans les bars ?

Tout d’abord, que tu sois ou non inscrit(e) sur une appli de rencontres, tu as noté le côté nettement moins bon enfant des bars, où chaque arrivée se prend un scan visuel de ceux et celles qui sont arrivés avant, ce qui ne t’aide pas du tout à te détendre : en effet, les inscrits essaient de repérer IRL les photos et profils vus sur les applis, les autres se demandent si tu es susceptible de constituer une nouvelle cible. Tout cela n’est pas très fun, le calamar à l’andalouse des tapas te le certifie. Dans ces conditions, établir un contact avec l’autre qui est pourtant juste à côté de toi devient de plus en plus compliqué, car tu ne peux plus parler à l’autre sans être suspecté de draguer alors que c’est pour ça que tu es venu, tu saisis la difficulté de l’entreprise ?

Ensuite, ami lecteur, il est parfois pertinent de te pencher sur les chiffres : selon une étude de Marie Bergström, « Sites de rencontre : qui les utilise en France ? Qui y trouve son conjoint ? », parue dans Population et Sociétés, n° 530, février 2016 (oui, oui, c’est une source qui ne rigole pas) seulement 2% des conjoints du panel se sont trouvés en ligne, je cite  : « Les sites donnent plus souvent lieu à des relations éphémères qu’à des couples stables ».

Alors je ne saurais que trop te recommander, ami lecteur, de retrouver ton âme d’enfant quand tu vas dans les bars si tu éprouves le besoin ou l’envie d’y aller, et de commencer par t’amuser vraiment ; ton pouvoir attracteur en sera démultiplié, sans aucun effort. Et tu pourras peut-être, à ce moment-là, te faire draguer pour une fois. On ne sait jamais, ça peut te plaire.

Quant à savoir s’il faut encore ou non draguer dans les bars, j’ai envie de te conseiller de ne pas attendre mai pour faire ce qu’il te plait… tout pouvant par définition arriver n’importe quand, ne te limite pas à un bar pour séduire, d’autant que, passé minuit, les Gremlins biberonnés au Get 27 te guettent.

Lâche juste ton téléphone deux minutes.

La vie est juste là (et les beaux/belles gosses aussi) !

À la semaine prochaine !

Le filet de Macron, c’est pour qui ?

Bon, moi je ne sais pas toi, ami lecteur, mais j’ai un peu du mal à avaler la soupe aux élections. J’ai carrément l’impression de faire de la monodiète, et, après la quinzaine Fillon, de me taper du Macron matin, midi et soir, jusqu’à l’indigestion. C’est comme si soudain les media étaient atteints de radotage généralisé, ils tournent tellement en boucle sur le sujet que le trognon ne doit plus être très loin.

Là ce qu’il y a, c’est que techniquement nous étions face à un nouveau plat sur la carte, ça aurait dû nous exciter les papilles, ce petit jeune, ministre une seule fois à moins de 40 balais, le voilà enfin notre candidat du renouveau, enfin une alternative à la viande corrompue qu’on nous sert en entrée, plat et dessert depuis VGE. On se dit chouette, et en deux deux on l’a investi de tous nos espoirs d’améliorer notre situation personnelle, parce que la France, on s’en fout un peu, hein, l’important c’est Bibi, et nous voilà partis, naïfs et moutonniers, comme si l’élection du président de la République avait jamais amélioré une autre situation que celle dudit président et de ses copains proches.

Alors sortons la lingette et astiquons-nous les Essilor : à part le gars, qu’y a-t-il réellement de nouveau ? En ce moment, tout le monde porte des Stan Smith et est macroniste, du coup chacun y va de son recyclage de veste, et M. Bayrou, après lui avoir taillé un costard, porte sa chaise comme dans un mariage du Sentier. Dans la vraie vie, on aurait trouvé ça faux-cul et opportuniste, mais dans les media, on trouve que c’est méga-cool que Manu soit parrainé par le politique le plus raillé en France depuis des années. Le renouveau avec de vieux ingrédients, ce ne serait pas plutôt du réchauffé, finalement ?

Donc, en plus de nous taper une vieille tambouille dans un nouveau pot, Emmanuel le Bel nous a mis en scène un petit suspense de jeté de programme, qui tient plus finalement de Blair Witch que d’une apparition miraculeuse à Lourdes : une grosse montée de tension et pas grand chose à la fin. Après, il faut quand même dire que c’est joli tout plein : on y croise pas mal de licornes, avec des exonérations massives de taxe d’habitation, une baisse des cotisations sociales pour les entreprises, une hausse du smic et du minimum vieillesse, des créations d’emploi dans la Police et l’Education Nationale, des remboursements à 100% de mes futures lunettes Chanel et de mes encore plus futures prothèses auditives, une augmentation de l’allocation adulte handicapé, une prime à la casse de 1000 €, une aide à l’emploi pour l’embauche en CDI d’habitants de quartiers prioritaires, un budget de l’Armée augmenté jusqu’à 2% du PIB, une suppression de la part salariale des cotisations chômage et maladie financée par une hausse de 1,7 % de CSG (ça rentre par une oreille, ça sort par l’autre) et pour le reste, quel est le plan de financement ? Les lutins et les elfes ? Nooon pas seulement. La fée des petits crétins viendra s’acquitter des postes supplémentaires de l’éducation nationale via une réduction des épreuves du BAC au nombre de 4 (lesquelles, sachant qu’il ne reste déjà plus grand chose de cet examen) et une disparition de 120 000 fonctionnaires (tu cliques sur « supprimer » et, bibidee bobidee boo, il n’y a plus rien, les pointeuses n’en reviennent pas).

Ainsi, il est clair qu’un fois de plus, nous ne voterons pas pour des programmes, que je soupçonne d’être écrits par la même cellule qui rédige les notices IKEA, mais pour des individus. Soit. En l’occurrence, avec EM, nous voilà face à quelqu’un qui sait communiquer, pas de souci, il n’évitait même pas Cyrille Eldin à la grande époque du Supplément, c’est dire, toujours un bon mot, un physique pas trop dégueulasse (pas de quoi mordre le coussin non plus), les cheveux de la jeunesse, il marque des points ne fût-ce que par effet de comparaison.

Mais on a quand même vu le gars limite en transe sur ses meetings, comment va-t-il faire pour que sa tête ne s’envole pas dans la stratosphère une fois au pouvoir ? Qui va le canaliser ? Brigitte ? Euphytose ? Va-t-il dissoudre l’Assemblée Nationale un jour de up ? Et surtout, quelles sont les alternatives ? Sortir de la zone € avec Marine, danser le « je sors, je sors pas » avec François ? A une époque où on déterre les dossiers, il serait peut-être bon de cesser d’alimenter un système où il est impossible de ne pas en avoir…

Bref, la perspective est réjouissante : voter ne sert à rien, mais ne pas voter revient à abandonner le seul moyen d’action que moi, petite citoyenne lambda, j’ai à ma portée. Alors je ne vais pas devenir la déprimée politique qui chante « tous pourris » avec une vieille guitare et un chèche sur Youtube, mais j’avoue qu’un doute hyperbolique m’envahit l’asymptote face à cette popularité largement gonflée à l’hélium des medias.

Et pour moi, qui attends toujours un candidat moral, il me semble qu’attendre le prince charmant est nettement plus réaliste.

En gros, ce n’est pas gagné, comme dirait Faye Dunaway aux Oscars 2017.

Alors, ami lecteur, si, au lieu de balancer un œuf sur un candidat, tu allais te le faire cuire, je crois bien que ça ne changerait rien.

Et rien, c’est déjà quelque chose.

À la semaine prochaine !